S’installer aux États-Unis : à partir de quand devient-on résident fiscal américain ?
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Partir vivre aux États-Unis est souvent présenté comme une décision business : ouvrir une filiale, développer le marché américain, se rapprocher des clients, lever des fonds, recruter localement.
Mais pour un dirigeant français, une autre question arrive très vite : à partir de quand l’administration fiscale américaine vous considère-t-elle comme résident fiscal américain ?
La réponse ne dépend pas uniquement de votre visa, de votre adresse ou de votre intention de rester. Elle dépend de règles précises, parfois mécaniques, qui peuvent basculer votre situation plus tôt que prévu.
Et ce basculement change beaucoup de choses.
Une fois résident fiscal américain, vous entrez dans un système où vos revenus mondiaux peuvent devoir être déclarés aux États-Unis : salaires, dividendes, revenus locatifs, plus-values, comptes financiers, placements détenus en France ou ailleurs.
choisir où implanter sa filiale aux États-Unis
Pour un entrepreneur qui garde des actifs, une société ou des revenus en France, le sujet doit donc être anticipé avant le départ.
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La première confusion vient souvent du visa.
Un visa vous donne le droit d’entrer, de vivre ou de travailler aux États-Unis selon certaines conditions. Il ne règle pas, à lui seul, votre résidence fiscale.
Un entrepreneur français peut par exemple partir avec un visa E-2, L-1 ou autre statut d’immigration. Cela ne signifie pas automatiquement qu’il est résident fiscal américain dès le premier jour. À l’inverse, il peut le devenir fiscalement même sans Green Card, simplement parce qu’il passe suffisamment de jours sur le territoire américain.
La résidence fiscale américaine repose principalement sur deux tests :
Le Green Card Test
Le Substantial Presence Test
Ces deux mécanismes doivent être regardés séparément.
Le Green Card Test : la résidence fiscale par le statut

Le premier cas est assez direct.
Si vous obtenez une Green Card, vous êtes généralement considéré comme résident fiscal américain à partir du moment où vous êtes lawful permanent resident aux États-Unis.
Cela peut sembler évident, mais le timing compte.
Un dirigeant qui obtient sa Green Card en cours d’année peut avoir une année fiscale particulière. Il peut être non-résident américain sur une partie de l’année, puis résident fiscal américain sur l’autre partie.
Cette situation doit être traitée avec précision, car elle peut modifier les revenus à déclarer aux États-Unis et la manière de remplir la déclaration américaine.
Pour un fondateur ou dirigeant, ce point devient encore plus sensible si l’année du départ coïncide avec :
une distribution de dividendes ;
la vente de titres ;
l’exercice de stock-options ;
la perception de revenus locatifs en France ;
une restructuration entre société française et société américaine.
Le problème n’est pas seulement de savoir où vous vivez. Le vrai sujet est de savoir à quelle date votre fiscalité américaine commence réellement.
Le Substantial Presence Test : le piège du nombre de jours
Le second test est souvent moins bien compris.
Le Substantial Presence Test repose sur le nombre de jours passés physiquement aux États-Unis. Il ne regarde pas uniquement l’année en cours. Il prend aussi en compte une partie des jours passés aux États-Unis les deux années précédentes.
Pour remplir ce test, il faut généralement :
avoir été présent au moins 31 jours aux États-Unis pendant l’année en cours ;
atteindre 183 jours selon une formule de calcul pondérée sur trois ans.
Le calcul prend en compte :
100% des jours de présence de l’année en cours ;
1/3 des jours de présence de l’année précédente ;
1/6 des jours de présence de la deuxième année précédente.
Exemple simple
➡️ Vous avez passé :
140 jours aux États-Unis cette année ;
120 jours l’année dernière ;
90 jours il y a deux ans.
➡️ Le calcul donne :
140 jours pour l’année en cours ;
40 jours pour l’année précédente ;
15 jours pour la deuxième année précédente.
Total : 195 jours.
Vous pouvez donc être considéré comme résident fiscal américain, même si vous n’avez pas passé 183 jours aux États-Unis pendant l’année en cours.
C’est précisément là que beaucoup de dirigeants se trompent. Ils pensent raisonner en année civile : “Je n’ai pas passé six mois aux États-Unis, donc je ne suis pas résident fiscal américain.”
Le calcul américain est plus subtil. Les allers-retours répétés peuvent suffire à faire basculer la situation.
Les dirigeants sont particulièrement exposés
Le sujet concerne rarement les expatriés “classiques” seulement. Il concerne aussi les dirigeants français qui développent progressivement leur activité aux États-Unis.
Au départ, ils font quelques voyages de prospection. Puis ils prolongent les séjours. Ils ouvrent une structure locale. Ils passent plus de temps à Miami, New York, Austin ou San Francisco. Ils rencontrent des clients, des investisseurs, des partenaires. Ils gardent pourtant leur société française, leur résidence familiale, leurs comptes bancaires ou leurs revenus en France.
Sur le papier, la situation semble encore “entre deux pays”.
Fiscalement, elle peut déjà avoir changé.
C’est souvent dans cette zone grise que les erreurs apparaissent : pas par volonté de fraude, mais parce que le dirigeant ne suit pas ses jours de présence avec assez de rigueur.
Un calendrier approximatif ne suffit pas. Il faut suivre les dates d’entrée et de sortie, les années précédentes, les statuts de visa, les éventuelles exceptions, et les conséquences concrètes sur les déclarations.
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Une autre difficulté vient de l’année du départ.
Quand vous vous installez aux États-Unis en cours d’année, vous pouvez être considéré comme non-résident américain pendant une partie de l’année, puis résident fiscal américain sur l’autre partie.
C’est ce qu’on appelle une situation de dual-status taxpayer.
Concrètement, cela signifie que l’année doit être découpée. La fiscalité applicable avant et après la date de résidence américaine n’est pas nécessairement la même.
Pour un salarié expatrié, le sujet est déjà technique. Pour un dirigeant, il peut devenir stratégique.
Pourquoi ? Parce que l’année du départ est souvent celle où plusieurs événements se superposent :
changement de rémunération ;
mise en place d’une paie américaine ;
dividendes versés par la société française ;
refacturation entre sociétés ;
conservation de revenus en France ;
achat ou location d’un logement aux États-Unis ;
transfert partiel de l’activité commerciale vers le marché américain.
Une mauvaise lecture du calendrier fiscal peut produire des incohérences entre la déclaration française et la déclaration américaine.
Devenir résident fiscal américain ne fait pas disparaître la France
Autre point important : devenir résident fiscal américain ne signifie pas que la France disparaît du sujet.
Un dirigeant qui quitte la France peut rester imposable en France sur certains revenus de source française : revenus fonciers, plus-values, salaires liés à une activité exercée en France, dividendes selon les cas, ou autres revenus encadrés par la convention fiscale applicable.
La question doit donc être traitée dans les deux sens.
Côté américain : êtes-vous devenu résident fiscal américain ? À quelle date ? Quels revenus doivent être déclarés ?
Côté français : êtes-vous devenu non-résident fiscal français ? Gardez-vous des revenus imposables en France ? Quels formulaires ou déclarations restent nécessaires ?
Entre les deux : comment éviter les doubles déclarations incohérentes, les oublis, ou les erreurs de traitement ?
C’est ici que l’accompagnement international devient essentiel. Le sujet n’est pas seulement fiscal. Il touche aussi à la rémunération du dirigeant, à la structuration du groupe, à la circulation des flux financiers et à la documentation des décisions.
Les questions à se poser avant de partir
Avant une installation aux États-Unis, un dirigeant devrait au minimum répondre à quelques questions simples :
Quelle sera ma date réelle d’installation aux États-Unis ?
Combien de jours ai-je déjà passés aux États-Unis cette année et les deux années précédentes ?
Mon visa a-t-il un impact particulier sur le calcul de présence ?
Ai-je obtenu ou demandé une Green Card ?
Quels revenus vais-je continuer à percevoir en France ?
Ai-je des comptes bancaires, placements, contrats d’assurance-vie, titres ou biens immobiliers en France ?
Ma rémunération sera-t-elle versée par la société française, la société américaine ou les deux ?
Existe-t-il des dividendes, bonus, plus-values ou opérations patrimoniales à anticiper avant le départ ?
Ces questions doivent être posées avant la première déclaration américaine. Idéalement, elles doivent être traitées avant même l’installation.
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Anticiper avant que le calendrier ne décide pour vous
La résidence fiscale américaine ne se résume pas à une décision administrative. Elle peut se déclencher par un statut, par une Green Card ou par une accumulation de jours de présence.
Pour un dirigeant français, le risque principal est de traiter le sujet trop tard.
Quand les revenus sont déjà versés, les dividendes distribués, les flux entre sociétés mis en place et les déclarations attendues des deux côtés de l’Atlantique, les marges de manœuvre se réduisent.
S’installer aux États-Unis peut être une excellente décision business. Mais cette décision doit être accompagnée d’un calendrier fiscal clair.
Chez Blendy, nous accompagnons les dirigeants et entreprises qui structurent leur développement entre la France, le Canada et les États-Unis, notamment lors d’une implantation américaine ou d’un changement de résidence fiscale.
Avant de partir, de recruter localement ou de transférer une partie de votre activité aux USA, une question mérite d’être posée très tôt : à partir de quelle date les États-Unis vont-ils vous considérer comme résident fiscal américain ?
La réponse peut changer votre fiscalité personnelle, votre rémunération, vos obligations déclaratives et la manière dont votre groupe doit être structuré.
Sources :
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