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Votre client américain vous demande un W-8BEN-E : ce qu’une société française doit vérifier

il y a 6 heures
7 min de lecture

Vous venez de signer un client américain. Bravo ! Mais, avant de régler votre première facture, son service comptable vous envoie un formulaire avec une demande assez simple :


« Please complete and return Form W-8BEN-E. »


Et là, les choses se compliquent. Corporation, Active NFFE, Passive NFFE, Chapter 3, Chapter 4, treaty benefits, limitation on benefits… pour une société française qui travaille pour la première fois avec les États-Unis, le W-8BEN-E peut rapidement sembler beaucoup plus compliqué qu’un simple document fournisseur.


Pourtant, il ne faut ni le remplir au hasard, ni s’alarmer systématiquement en lisant que certains revenus de source américaine peuvent subir une retenue de 30%.


Avant de signer, il faut surtout comprendre pourquoi votre client vous demande ce formulaire et quelle est réellement la situation fiscale de votre entreprise.


Dirigeant français vérifiant un formulaire W-8BEN-E demandé par un client américain

À quoi sert le W-8BEN-E ?


Le formulaire W-8BEN-E est utilisé par une entité étrangère pour documenter son statut fiscal auprès d’un payeur américain.


Dans le cas classique d’une SAS, SARL ou autre société française qui facture un client américain, il permet notamment au client de documenter que son fournisseur est une entreprise étrangère et de déterminer les règles de retenue à la source qui peuvent s’appliquer. Le formulaire sert également à déterminer le statut de l’entité au regard des règles FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act), appelées Chapter 4 dans le formulaire.


Premier point souvent mal compris :

le W-8BEN-E n’est pas envoyé à l’IRS par votre société française !


Vous le remettez au client, à la banque ou à l’organisme américain qui vous le demande. L’IRS (Internal Revenue Service, administration fiscale fédérale des États-Unis) précise que le formulaire doit être fourni au payeur ou withholding agent, et non directement à l’administration fiscale américaine. Il ne s’agit donc pas d’une déclaration fiscale américaine.



Votre client vous demande un W-8BEN-E : va-t-il retenir 30% sur votre facture ?


Pas automatiquement. Et, c’est probablement le point qui mérite le plus d’être clarifié.


Le système américain prévoit en principe une retenue de 30% sur certains revenus de source américaine versés à une personne ou une entité étrangère, sauf lorsqu’une exemption, un taux réduit prévu par le droit américain ou une convention fiscale s’applique. Parmi les revenus concernés figurent notamment certains intérêts, dividendes, loyers et royalties.


Mais cela ne signifie pas que toute facture adressée par une entreprise française à un client américain subit 30% de retenue.


Prenons une entreprise française qui réalise une prestation pour un client situé aux États-Unis.

Pour les revenus issus de services, le lieu où les prestations sont effectivement réalisées, joue notamment un rôle dans la détermination de la source du revenu. L’IRS rappelle que les services exécutés hors des États-Unis sont généralement considérés comme générant des revenus de source étrangère.


La présence d’un client américain ne suffit donc pas, à elle seule, à conclure que le revenu est imposable aux États-Unis. C’est précisément pour cela qu’il faut regarder la nature du revenu et la réalité de l’activité avant de compléter le formulaire.



1. Vérifiez que le W-8BEN-E correspond bien à votre situation


Dirigeant français vérifiant un formulaire W-8BEN-E demandé par un client américain

Pour une société française qui facture un client américain pour son propre compte, le W-8BEN-E est généralement le formulaire utilisé pour attester son statut d’entité étrangère. L’IRS le prévoit précisément pour les entités étrangères qui doivent documenter leur statut fiscal auprès d’un payeur américain.


Mais il existe une exception importante à connaître.


Si les revenus facturés sont directement liés à une activité exercée aux États-Unis, ce que l’IRS appelle Effectively Connected Income (ECI), le formulaire applicable peut être le W-8ECI plutôt que le W-8BEN-E.


Par exemple, une société française qui réalise ses prestations depuis la France n’est pas dans la même situation qu’une entreprise qui dispose déjà d’une activité opérationnelle aux États-Unis.


Dans la majorité des cas visés par cet article, soit une société française qui facture un client américain depuis la France, le W-8BEN-E est donc bien le formulaire à utiliser



2. Ne traduisez pas simplement votre forme juridique française


Le W-8BEN-E vous demande notamment de préciser comment votre société doit être classée fiscalement aux États-Unis. Dans le formulaire, cette classification apparaît dans la rubrique appelée “Chapter 3 Status”.


Et, c’est là qu’une erreur fréquente peut apparaître.


Une SAS ou une SARL est une forme juridique française. Le formulaire américain, lui, ne vous demande pas de trouver son équivalent exact aux États-Unis. Il vous demande de rattacher votre société à une catégorie fiscale américaine.


Autrement dit, il ne faut pas raisonner "SAS = telle case américaine" mais plutôt :

Comment cette société française est-elle considérée pour les besoins fiscaux américains ?

Pour une société française classique, la qualification retenue sera souvent celle de "corporation", mais cela doit être vérifié en fonction de la structure réelle de l’entreprise.


La question devient plus sensible lorsqu’il s’agit d’une holding, d’une structure transparente ou d’une société détenue par d’autres entités étrangères..


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3. Regardez aussi le statut FATCA de l’entreprise


C’est souvent la partie qui surprend le plus.


Le W-8BEN-E vous demande aussi de préciser dans la rubrique "Chapter 4 Status", quel type d’entreprise vous êtes au regard des règles américaines FATCA (Foreign Account Tax Compliance Act).


Pour une PME française qui vend des produits ou des services, la situation est généralement assez simple : elle n’est pas une banque, un fonds ou une autre institution financière. Dans beaucoup de cas, elle pourra donc relever de la catégorie Active NFFE (Active Non-Financial Foreign Entity), autrement dit une entreprise non financière qui exerce une véritable activité opérationnelle.


Mais le simple fait d’avoir une activité ne suffit pas à cocher cette case automatiquement.

L’IRS regarde notamment la part des revenus et des actifs considérés comme passifs : dividendes, intérêts, loyers, royalties…


Une société qui vend des logiciels ou des prestations n’est donc pas analysée de la même manière qu’une holding qui perçoit principalement des revenus financiers.



4. Attention à la convention fiscale France–États-Unis


Dirigeant français complétant un formulaire W-8BEN-E demandé par un client américain

La France et les États-Unis disposent d’une convention fiscale. Celle-ci peut permettre, selon la nature du revenu et la situation de l’entreprise, de bénéficier d’un taux réduit ou d’une exonération de retenue américaine.


Mais écrire simplement « France » sur le formulaire ne suffit pas nécessairement. Lorsqu'une entreprise revendique les bénéfices d'une convention fiscale, le W-8BEN-E prévoit notamment une section dédiée aux Tax Treaty Benefits. L’entreprise doit pouvoir justifier qu’elle est résidente du pays concerné et qu’elle remplit les conditions permettant de bénéficier de la convention.


La convention franco-américaine contient notamment une clause dite de Limitation on Benefits (LOB). Son objectif est d’éviter qu’une société qui n’a pas réellement de lien suffisant avec la France utilise simplement une structure française pour accéder aux avantages prévus par la convention franco-américaine.


C’est un point particulièrement important pour les groupes internationaux ou les sociétés dont l’actionnariat est lui-même international.



5. Vérifiez où votre activité est réellement exercée


Imaginons deux sociétés françaises qui facturent toutes les deux un client américain. La première réalise l’intégralité de sa prestation depuis Paris. La seconde dispose déjà d’une équipe commerciale installée aux États-Unis, d’un bureau et de personnes qui interviennent localement dans la relation avec les clients.


Même client américain, même société française, mais pas la même situation fiscale...


La convention fiscale France-États-Unis prévoit notamment des règles spécifiques lorsque l’entreprise dispose d’un établissement stable aux États-Unis. Les bénéfices attribuables à cet établissement peuvent alors être imposables aux États-Unis.


Et si les revenus deviennent effectivement connectés à une activité exercée aux États-Unis, le W-8BEN-E peut ne plus être le formulaire approprié pour ces revenus. L’IRS précise d’ailleurs qu’un W-8BEN-E cesse d’être valable pour un revenu qui devient "effectively connected" avec une activité américaine.


C’est donc aussi une question à se poser lorsqu’une entreprise française commence à recruter ou à structurer une présence aux États-Unis.


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6. Avez-vous besoin d’un numéro fiscal américain ?


Pas systématiquement... Le W-8BEN-E prévoit un champ pour indiquer un numéro fiscal américain (U.S. TIN / EIN - Taxpayer Identification Number / Employer Identification Number), mais aussi un champ pour renseigner le numéro fiscal étranger de l’entreprise (Foreign TIN).


Dans certaines situations, une société française peut utiliser son identifiant fiscal français pour justifier qu’elle est bien résidente fiscale en France et bénéficier des règles prévues par la convention fiscale France-États-Unis.


Recevoir un W-8BEN-E ne signifie donc pas automatiquement que votre société doit demander un EIN aux États-Unis.


Avant de lancer cette démarche, il faut d’abord vérifier pourquoi votre client vous demande le formulaire, quel type de revenu vous percevez et quelles rubriques du W-8BEN-E s’appliquent réellement à votre situation.



Un W-8BEN-E n’est pas valable indéfiniment


Dernier point à garder en tête : un formulaire correctement rempli reste généralement valable jusqu’au 31 décembre de la troisième année civile suivant celle de sa signature, sauf changement de situation.


Par exemple, un formulaire signé en 2026 sera généralement valable jusqu’au 31 décembre 2029.

Mais si la situation de l’entreprise change (structure, résidence fiscale, activité américaine, statut FATCA…), il peut être nécessaire d’en transmettre un nouveau.


L’IRS prévoit notamment une obligation de signaler certains changements dans un délai de 30 jours. C’est pourquoi un formulaire rempli lors de votre premier contrat américain ne doit pas devenir un document que l’on transmet automatiquement pendant plusieurs années sans le relire...



Le W-8BEN-E dit beaucoup plus sur votre activité américaine qu’il n’y paraît


Noham Layani, dirigeant de Blendy, expert-comptable et CPA en France, Canada et USA
Noham Layani, dirigeant de Blendy, expert-comptable et CPA en France, Canada et USA

Pour une société française qui commence à travailler avec les États-Unis, le W-8BEN-E peut sembler être une simple formalité administrative demandée par le service comptable d’un client.


En réalité, les questions qu’il pose sont révélatrices :

  • Quelle est la nature de votre entreprise ?

  • Où exerce-t-elle réellement son activité ?

  • Quel type de revenu reçoit-elle ?

  • Dispose-t-elle déjà d’une présence aux États-Unis ?

  • Peut-elle bénéficier de la convention fiscale franco-américaine ?


Ce sont exactement les questions qui deviennent importantes lorsqu’une entreprise commence à développer durablement son chiffre d’affaires aux US.


Chez Blendy, nous accompagnons les entreprises françaises présentes ou en développement aux États-Unis pour garder une lecture cohérente de leur comptabilité et de leur fiscalité entre les deux pays.


Votre client américain vous envoie un W-8BEN-E ? Avant de cocher les cases, commencez par vérifier ce qu’elles disent réellement de votre situation France-US.






Sources :



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